Si vous pêchez aux leurres, vous avez forcément entendu ce nom : Rapala. Pour certains, c’est le premier poisson de leur vie. Pour d’autres, c’est le leurre « refuge » qu’on sort quand plus rien ne marche. Mais dès qu’on ouvre un catalogue de la marque, une autre question arrive : comment s’y retrouver parmi tous ces modèles ? Et surtout, lequel choisir pour vraiment prendre du poisson ?
On va remonter à l’origine de la légende, passer en revue les modèles incontournables, puis regarder comment utiliser des statistiques de capture (les vôtres !) pour choisir vos prochains Rapala intelligemment, pas au hasard.
L’histoire de Rapala : un couteau, du liège… et une intuition de génie
Retour en Finlande, années 1930. Un pêcheur nommé Lauri Rapala passe plus de temps sur l’eau que sur la terre ferme. Il observe un truc tout simple : les gros poissons attaquent en priorité les petits poissons blessés, ceux qui ne nagent pas droit.
Au lieu de juste le constater, il décide de le reproduire. Avec un couteau, du liège, du papier aluminium et de la laque, il sculpte un petit poisson qui ondule et désaxe légèrement à la récupération. Le fameux « wobbling » typique Rapala vient de naître.
Le succès est immédiat sur les brochets et perches des lacs finlandais. Le bouche-à-oreille fait le reste, et après la Seconde Guerre mondiale, les premiers Rapala arrivent en Europe et aux États-Unis. Rapidement, la marque devient une référence mondiale, au point que pour beaucoup de pêcheurs, « un Rapala » est devenu un synonyme de poisson nageur.
Pourquoi cette longévité ? Parce que la recette de base n’a pas bougé : imitation réaliste + nage vivante + construction robuste. Tout le reste (les nouvelles gammes, les finitions modernes, les billes bruiteuses) vient se greffer là-dessus.
Pourquoi les Rapala prennent autant de poissons ?
On peut aimer ou non la marque, mais difficile de nier qu’elle coche plusieurs cases importantes pour celui qui veut simplement… piquer du poisson.
Les atouts principaux :
- Nages testées et retestées : Rapala ne balance pas un modèle au hasard. Les prototypes passent par des heures de tests, ajustés jusqu’à obtenir un mouvement qui déclenche des attaques (pas juste « joli à l’œil du pêcheur »).
- Gamme ultra large : perche en étang urbain, sandre en verticale, brochet en lac, truite en rivière de montagne ou bar en bord de mer : il existe un Rapala calibré pour ça.
- Matériaux fiables : bois de balsa ou plastique ABS, armature traversante sur certains modèles, anneaux brisés et triples sérieux. Ce n’est pas indestructible, mais c’est pensé pour encaisser.
- Finitions et coloris cohérents : au-delà des coloris « fun », on retrouve des imitations réalistes de gardon, éperlan, vairon, etc., qui parlent vraiment aux carnassiers.
- Facilité d’utilisation : la plupart des modèles nagent bien « tout seuls » en simple lancer-ramener. Idéal pour les pêcheurs loisir qui ne veulent pas maîtriser 15 animations différentes.
Résultat : même avec une technique moyenne, on a de bonnes chances d’avoir des touches. Et c’est souvent ce qui fait la différence entre une journée frustrante et une session mémorable.
Les modèles Rapala incontournables à connaître
Plutôt que d’énumérer tout le catalogue, on va se concentrer sur quelques modèles qui reviennent tout le temps dans les boîtes des pêcheurs, du débutant au vieux briscard.
Original Floater : le grand classique en balsa
Le tout premier Rapala, toujours au catalogue. Un poisson nageur flottant en balsa, très léger, avec une nage serrée et naturelle.
Pour quel type de pêche ?
- Truite en rivière (taille 5 à 7 cm)
- Perche en canal, étang et petite rivière
- Brochet sur les bordures (version 9–11 cm)
Comment l’utiliser ?
- Lancer amont ou trois-quarts amont, récupérer lentement en laissant travailler la palette.
- Faire des pauses : le leurre remonte doucement à la surface, souvent déclencheur d’attaque.
- Le long des herbiers peu profonds, raser entre 30 et 60 cm de profondeur.
Intérêt : c’est le leurre-« école » par excellence, parfait pour comprendre ce qu’est une vraie nage de poisson blessé.
CountDown : maîtriser la profondeur couche par couche
Le CountDown ressemble à l’Original, mais il est coulant. L’idée : il coule à une vitesse à peu près constante (par exemple X cm/seconde selon la taille), ce qui permet de choisir précisément la profondeur de prospection.
Pour quel type de pêche ?
- Truite dans les fosses et radiers profonds
- Perche et chevesne en rivière lente et canal
- Bass sur les piles de pont, bordures profondes
Comment l’utiliser ?
- Compter les secondes de descente (« 3, 4, 5… ») pour atteindre la bonne couche d’eau.
- Garder en tête ce « timing » quand vous prenez un poisson pour le reproduire ensuite.
- Animer en petits coups de scion et pauses pour un côté « vif surpris ».
Intérêt : idéal quand les poissons ne sont pas en surface et que vous voulez éviter les approximations.
Shad Rap : l’arme pour couvrir rapidement du terrain
Le Shad Rap imite une petite proie trapue : perchette, gardon, ablette bien nourrie. Nage serrée et vibratoire, très marquée, qui se sent bien dans la canne.
Pour quel type de pêche ?
- Perche et sandre sur les zones de cassure et plateaux
- Brochet sur les lacs et grands plans d’eau
- Truite de lac ou grande rivière
Comment l’utiliser ?
- Lancer-ramener régulier, en variant simplement la vitesse.
- Idéal pour pêcher en « peigne », couvrir rapidement une grande zone à la recherche de poissons actifs.
- Peut être utilisé en traîne lente derrière une embarcation.
Intérêt : l’un des meilleurs choix pour « chercher le poisson » quand on ne sait pas trop où il se trouve.
Husky Jerk : la précision du jerkbait suspending
Le Husky Jerk, c’est le jerkbait minnow simple, efficace, suspending (il reste en suspension à la pause, au lieu de flotter ou couler franchement).
Pour quel type de pêche ?
- Brochet en eau peu profonde et moyenne profondeur
- Sandre en bordure de cassure (versions plus profondes)
- Bar et loup en mer sur zones peu profondes, herbiers, roches
Comment l’utiliser ?
- Petits à-coups de scion (jerks) alternés avec des pauses plus ou moins longues.
- Observer les touches : surviennent-elles pendant la traction ou à la pause ? Adapter en conséquence.
- Par eau claire, privilégier des coloris naturels (perche, gardon, translucide).
Intérêt : très fort sur les poissons méfiants ou éduqués, qui se décident souvent à l’attaque sur les pauses.
X-Rap : agressif, bruyant, idéal pour déclencher
L’X-Rap est une évolution plus moderne : finition très brillante, billes bruiteuses, nage plus agressive. Disponible en de nombreuses tailles et versions (shallow, deep, etc.).
Pour quel type de pêche ?
- Brochet en eau teintée ou venteuse
- Perche active sur les chasses
- Mer : bar, loup, bonite selon la taille
Comment l’utiliser ?
- Récupération rapide ponctuée de jerks secs.
- Idéal pour les poissons en activité, sur zones bien ventilées (vent, vaguelettes).
- Quand plus rien ne marche, tester une récupération très erratique peut créer la surprise.
Intérêt : parfait pour les journées où « il faut les énerver » pour déclencher des touches.
Rapala & statistiques de capture : comment choisir vos leurres intelligemment
On parle souvent des Rapala « qui prennent du poisson », mais rarement en termes de chiffres. Pourtant, sans devenir un robot, on peut s’inspirer d’une approche un peu plus statistique pour optimiser sa boîte.
Que peut-on vraiment mesurer quand on pêche au Rapala ?
Plutôt que d’inventer des chiffres sortis de nulle part, l’idée est de vous aider à créer vos propres statistiques. Celles qui comptent vraiment : celles basées sur votre eau, vos poissons, votre façon de pêcher.
Concrètement, vous pouvez suivre :
- Nombre de touches par modèle, par sortie
- Nombre de poissons sortis (parce que tous les poissons ferrés ne finissent pas à l’épuisette)
- Taille moyenne des poissons selon le leurre utilisé
- Conditions météo et d’eau : débit, clarté, température approximative, saison
- Profondeur de prospection : surface, mi-eau, proche du fond
Avec juste ces infos notées sur un carnet (ou une appli de notes), en quelques sorties, des tendances commencent à apparaître.
Exemples de tendances fréquentes avec les Rapala
Les observations suivantes reviennent souvent dans les retours de pêcheurs, clubs et compétiteurs. Elles ne sont pas des lois gravées dans le marbre, mais des tendances plausible à vérifier chez vous :
- Original Floater : beaucoup de touches sur les petits modèles (truite/perche), mais taille moyenne parfois plus modeste que sur des Rapala plus volumineux.
- CountDown : ratio touches/poissons sortis souvent intéressant sur les truites en fosses, car le leurre reste plus longtemps à la bonne profondeur.
- Shad Rap : très bon pour le nombre de touches en début et fin de saison sur les perches, quand elles chassent en bancs.
- Husky Jerk & X-Rap : souvent moins de touches, mais des poissons plus gros, surtout brochets, dans les eaux claires où l’animation joue un rôle déterminant.
Encore une fois, ces points doivent être vus comme des pistes à tester, pas comme une vérité universelle.
Comment tenir un petit « journal Rapala » sans se prendre la tête
Inutile de remplir un tableur de 200 colonnes. L’idée, c’est que ce soit rapide, sinon vous abandonnerez au bout de trois sorties.
Voici un modèle simple que vous pouvez noter dans un carnet ou une application :
- Date / Lieu : 01/05 – Étang communal, 3 m max
- Conditions : eau légèrement teintée, vent modéré, temps couvert
- Leurre 1 : Original Floater F7 – coloris truite
- Résultat : 5 touches, 4 perches (15 à 20 cm), 1 décroche
- Leurre 2 : Shad Rap SR7 – coloris perch
- Résultat : 3 touches, 2 perches (25–28 cm)
En 2 minutes après la session, c’est fait. Si vous faites ça sur quelques mois, vous verrez surgir des constats du type :
- « Mon X-Rap marche surtout quand l’eau est claire et que le vent lève un peu les vagues. »
- « Mon CountDown prend plus de poissons en fin de descente qu’en récupération. »
- « L’Original Floater me donne plus de touches sur les petits poissons, mais dès que je veux viser plus gros, le Shad Rap est meilleur. »
À ce moment-là, vous n’achetez plus des Rapala « au feeling » : vous les choisissez pour compléter ce qui marche déjà, ou combler un trou dans votre approche.
Construire une boîte Rapala cohérente selon vos pêches
Plutôt que d’accumuler les modèles au hasard, mieux vaut constituer une petite sélection cohérente adaptée à vos sorties habituelles.
Par exemple :
Vous pêchez surtout en rivière de taille moyenne (truite, chevesne, perche)
- Original Floater F5–F7 (coloris vairon / truite)
- CountDown CD5–CD7 pour les fosses et courants puissants
- X-Rap 8 pour les beaux brochets ou grosses perches éventuels
Vous pêchez des lacs et gravières (brochet, perche, sandre)
- Shad Rap 7–9 pour couvrir du terrain
- Husky Jerk 10–12 pour les bordures et plateaux
- CountDown pour les cassures et zones plus profondes
Vous pêchez en mer du bord (bar, loup)
- Husky Jerk et X-Rap en 10–12 cm, coloris naturels (sardine, mulet, translucides)
- Un ou deux modèles flottants type Original Floater pour les zones très peu profondes
Ensuite, affinez cette base avec vos statistiques de capture. Si au bout de 10 sorties vous constatez que 70 % de vos poissons sont faits avec deux modèles seulement, il peut être intéressant d’acheter ces mêmes leurres dans d’autres coloris ou tailles plutôt que de partir sur un tout nouveau modèle.
Quelques erreurs fréquentes avec les Rapala… et comment les éviter
Même avec de bons leurres, il y a des pièges classiques qui font baisser vos taux de réussite.
- Pêcher trop vite tout le temps : beaucoup de modèles Rapala sont plus efficaces en récupération modérée, avec pauses, qu’en cranking ultra-rapide. Surtout l’Original Floater et le Husky Jerk.
- Ignorer la profondeur : lancer un modèle flottant au-dessus de 4 m d’eau sans jamais le remplacer par un CountDown ou un modèle plongeant, c’est accepter de pêcher « dans le vide » une bonne partie du temps.
- Négliger les hameçons : un Rapala qui a déjà vu quelques brochets peut avoir des triples émoussés. Résultat : moins de poissons piqués, statistiques faussées. Un affûtage ou remplacement régulier règle le problème.
- Changer toutes les 3 minutes de modèle : si vous ne laissez pas un minimum de temps à un leurre (et à une animation cohérente) pour s’exprimer, vous ne pouvez pas vraiment tirer de conclusions sur son efficacité.
Rapala : tradition, modernité… et plaisir de pêcher
Au final, ce qui fait la force de Rapala, c’est ce mélange un peu rare entre héritage (l’Original Floater marche toujours, près de 100 ans après sa création) et innovation (X-Rap, finitions modernes, modèles spécifiques à certaines pêches).
En combinant quelques modèles phares, un peu d’observation sur l’eau et quelques statistiques maison, vous pouvez :
- Réduire le nombre de leurres qui dorment au fond de vos boîtes
- Vous concentrer sur ce qui prend vraiment du poisson dans vos conditions
- Progressivement, affiner vos choix de tailles, coloris et profondeurs
La prochaine fois que vous aurez un Rapala au bout de la ligne, posez-vous simplement deux questions :
- À quelle profondeur nage-t-il vraiment en ce moment ?
- Dans quelles conditions m’a-t-il déjà rapporté du poisson ?
En gardant ces deux points en tête et en notant vos résultats, votre boîte à Rapala deviendra moins un tiroir à jouets… qu’un véritable tableau de bord pour multiplier les touches.

